Paroles
Zion Machine, noir sur blanc. Une sélection de textes entre regard social, ironie, liberté et quelques coups de coude à notre époque.
01 / ZION MACHINE Conditions générales Reggae · Dub · Rap français
Essai gratuit — première étape : donne ton numéro de carte Même quand ça coûte zéro, quelqu’un monétise ta trace « Accepter les cookies » — j’voulais juste lire une page Ils connaissent déjà mes goûts mais réclament encore mon accord Au boulot chaque semaine une nouvelle réglementation Le salaire, lui, reste bloqué sur l’ancienne version On rajoute des procédures pour mesurer la performance Puis trois réunions pour comprendre pourquoi personne n’avance On vend des applis pour gagner le temps passé sur les applis Des coachs t’expliquent comment vivre entre deux contenus sponsorisés Tout devient premium, même éviter la publicité Bienvenue dans le futur — renseignez vos coordonnées bancaires À vingt-cinq ans t’es « en retard » selon l’algorithme du matin Un type loue une voiture deux heures et t’explique comment devenir quelqu’un Même Vegeta n’était pas Super Saiyan avant la trentaine Mais Kevin vend sa formation : « légendaire en sept semaines » Un mot devient tendance — soudain tout le monde trouve sa niche Hier personne savait l’dire — aujourd’hui tout le monde l’affiche On veut tous paraître uniques avec le même vocabulaire Même la rébellion s’affiche avec son propre partenaire Tu dis que tu te noies — ils jugent encore ta façon de nager Tu demandes une main — ils t’expliquent comment mieux respirer On ne cherche plus à comprendre, on cherche qui doit avoir raison Même une détresse finit transformée en section commentaires On documente nos vacances pour des inconnus qu’on ne verra jamais Puis on demande aux vrais proches pourquoi personne ne nous connaît On photographie le repas pendant que la conversation refroidit On cherche l’exceptionnel jusqu’à rendre l’ordinaire invisible On veut des voyages, des records, des expériences mémorables Comme si une journée tranquille devait rester rentable Puis tu comprends ce qu’aucune plateforme ne peut mesurer Un parfum familier, un détour, trois amis qui savent te faire marrer On cherchait quelque chose d’immense derrière l’horizon Alors que le meilleur n’avait jamais demandé d’abonnement
02 / ZION MACHINE Temps emprunté Reggae · Dub
Temps emprunté, je le garde en mouvement Je veux vivre avant que la montre avale mes plans Temps emprunté, on le danse maintenant Demain fait des promesses, aujourd’hui bat vraiment On n’emporte ni titre, ni coffre, ni décor Juste quelques voix qui restent quand le reste s’endort Temps emprunté, je le chante en avançant Pas pour durer toujours, juste pour vivre vraiment Je débite rapide sur un riddim qui traîne Babylone vend des montres à des gens qui s’enchaînent On t’apprend à courir, sourire, serrer les dents À ranger tes semaines dans des cases sans élan Ils veulent ton agenda, ton sommeil, ton regard Ton cœur en pourcentage, ton humeur en retard Mais personne ne mesure ce que tu gardes au fond Quand tu dis “ça va” pour éviter les questions Le riche achète le ciel, pas l’heure qui lui manque La fusée monte haut, mais la peur reste dans la chambre Le cercueil n’a pas de poches, la tombe pas de réseau Quand la porte se referme, tout le monde redevient zéro Chaque souffle est un prêt, chaque matin une avance Je dépense mes mots comme ma dernière chance J’écris pour les vivants, les cabossés debout Ceux qui perdent du temps mais jamais le goût Temps emprunté, je le garde en mouvement Je veux vivre avant que la montre avale mes plans Temps emprunté, on le danse maintenant Demain fait des promesses, aujourd’hui bat vraiment On n’emporte ni titre, ni coffre, ni décor Juste quelques voix qui restent quand le reste s’endort Temps emprunté, je le chante en avançant Pas pour durer toujours, juste pour vivre vraiment Ils comptent tes pas, tes nuits, tes battements en data Mais pas le poids dans la gorge quand tu réponds “ça va” J’ai vu des princes sans trône dans des vestes usées Et des grands personnages trembler hors des papiers Le titre est un costume, l’orgueil une façade La fin remet tout droit sans demander la marque Tu cours vers la carotte brillante au bout du mois Pendant qu’on vend l’échelle à ceux qui tombent déjà Moi je ralentis le corps, j’aiguise la pensée Je garde les vrais regards, les repas partagés Un pauvre braque Babylone sans lever la main Quand il refuse de vendre son âme pour gagner demain Alors donne moins aux vitrines, garde plus pour les tiens Un message envoyé vaut parfois mieux qu’un destin Trois mots au bon moment peuvent rouvrir la maison Le temps qu’on garde trop devient une prison Temps emprunté, je le garde en mouvement Je veux vivre avant que la montre avale mes plans Temps emprunté, on le danse maintenant Demain fait des promesses, aujourd’hui bat vraiment On n’emporte ni titre, ni coffre, ni décor Juste quelques voix qui restent quand le reste s’endort Temps emprunté, je le chante en avançant Pas pour durer toujours, juste pour vivre vraiment Temps emprunté, je le rends en chanson Aujourd’hui nous reste, alors nous avançons
03 / ZION MACHINE Laisse numérique Reggae · Dub conscient
Tu crois choisir ton film, ton article et ton camp Mais l’algorithme a balisé ton cerveau en amont C’est la censure invisible sous les boutons « j’aime » Où des lignes de code décident de ce que tu conviens. Les vidéos sautent, les comptes sont bannis en douce Une loi de sécurité qui te coupe la chique au pouce On restreint la portée dès que le texte dérange Pendant que sur les ondes les faux débats s’échangent. Ils appellent ça « modération » pour ne pas dire filtrage Pour que la classe moyenne reste bien sage dans sa cage Le Soundscape System pose une fréquence blindée Contre la vérité que les serveurs ont gommée. T’as quarante ans passés, t’as vu le monde changer L’époque où internet était un espace à explorer Aujourd’hui tout est lisse, tout est géolocalisé Si ton idée dévie, ton profil est shadowbanné. Pas de refrain mielleux, pas d’effets de robot Le texte reste sauvage, le morceau reste brut et beau On te vend de la haine pour capter ton attention Et des décrets d’urgence pour masquer l’inflation. Chaque rimshot est un impact, chaque basse une frontière Contre les filtres d’État qui trient la matière C’est le contrôle feutré, la dictature du clic Qui dicte tes colères et gère ta politique. Le fil d’actualité est une laisse numérique Qui enferme les esprits dans un enclos léthargique On laisse les algorithmes piloter le bétail On garde le pas ferme face à leur écran-portail. Ils n’auront que le bruit et les profils formatés Le reste leur échappe, le cerveau est libéré Soundscape en action, le code est sécurisé La puissance est constante, le calme est décrété.
04 / ZION MACHINE J’ai quitté la file Reggae roots · Dub
J’ai commencé ma journée par un petit bédo Un café dans la main, le monde peut attendre J’ai quitté la file, j’ai rendu le numéro Maintenant mes vrais rendez-vous poussent entre les branches J’ai quitté la file, plus personne me presse Le soleil fait son tour, moi je garde l’adresse J’ai quitté la file, j’ai posé le fardeau Babylone crie mon nom, j’entends juste les oiseaux J’ai ma cabane au calme, mon vieux chien philosophe Deux tomates en retard, trois projets dans la poche Un pantalon troué qui vaut plus qu’un costume Parce qu’il connaît mes genoux, mes chemins, mes coutumes J’ai des plants qui prennent leur temps, comme des vieux sages Pas besoin de parler fort pour occuper le paysage La terre me répond mieux que les bureaux fermés Elle demande moins de mots, mais faut savoir écouter Avant je courais partout pour gagner des miettes Maintenant je marche lent, mais ma tête est nette Ils veulent des bilans, des codes, des signatures Moi je lis le ciel comme une vieille écriture J’ai pas fui le monde, j’ai quitté son manège Les sourires obligatoires, les chefs qui abrègent Le progrès m’appelait pour vendre mes saisons J’ai laissé son message sécher sur le paillasson J’ai commencé ma journée par un petit bédo Un café dans la main, le monde peut attendre J’ai quitté la file, j’ai rendu le numéro Maintenant mes vrais rendez-vous poussent entre les branches J’ai quitté la file, plus personne me presse Le soleil fait son tour, moi je garde l’adresse J’ai quitté la file, j’ai posé le fardeau Babylone crie mon nom, j’entends juste les oiseaux J’ai des voisins en plumes, des insectes en réunion Un arbre président, élu sans télévision Le vent fait les débats, la pluie tranche les lois Ça vaut bien leurs plateaux remplis de gens sans voix Le matin me tutoie, le soir me laisse tranquille Personne ne me vend le bonheur en mensualités faciles Mon luxe tient debout dans une chaise bancale Un repas sans photo, une paix artisanale Je cultive un peu d’ombre, un peu d’ironie De quoi rire des factures qui me croyaient soumis J’ai troqué les néons contre une lampe à pétrole Et mes anciennes urgences contre un silence qui console Ils disent : “T’as tout quitté”, comme si j’avais perdu Mais j’ai juste rendu ce qui ne m’avait jamais plu J’ai moins de choses autour, plus de place dans le torse Moins de bruit dans la tête, plus de style dans la force J’ai commencé ma journée par un petit bédo Un café dans la main, le monde peut attendre J’ai quitté la file, j’ai rendu le numéro Maintenant mes vrais rendez-vous poussent entre les branches J’ai quitté la file, plus personne me presse Le soleil fait son tour, moi je garde l’adresse J’ai quitté la file, j’ai posé le fardeau Babylone crie mon nom, j’entends juste les oiseaux J’ai quitté la file, j’ai gardé mon sourire Pas celui des vitrines, celui qui sait dormir J’ai quitté la file, dernier mot sur la peau Quand le monde accélère, moi je ralentis beau
05 / ZION MACHINE Privilèges & silences Reggae · Raggamuffin · Dub
Né avec la cuillère en argent massif dans la bouche, nom de famille qui ouvre toutes les portes Pendant que d’autres naissent avec juste un numéro de dossier et des rêves qu’on leur raccourcit Écoles privées aux frais stratosphériques, réseaux tissés dès la cour de récréation Ils héritent des carnets d’adresses, nous on hérite des dettes et des convocations Multisyllabique injustice, le piston discret qui transforme l’échec en succès assuré Le fils du ministre rate tout, on lui offre une place que dix ans de talent n’auraient pas méritée Ils parlent de méritocratie en souriant, la main sur le cœur, regard plein de fausse sagesse Mais leurs vies sont des autoroutes, les nôtres des labyrinthes remplis d’embûches et de stress
RefrainPrivilèges & silences, l’omerta des élites qui se protègent entre eux On voit les fils à papa atterrir en haut pendant qu’on rame en bas, les yeux pleins de feu Système verrouillé, conscience qui s’éveille, on refuse d’être les éternels perdants Privilèges & silences, un jour les masques tomberont, et là y aura plus de sourires contents
Couplet 2Pantouflage royal, fonctionnaire haut placé qui devient consultant à six zéros Contrats juteux signés entre amis, sans appel d’offres, juste un coup de fil entre deux eaux Ils célèbrent la diversité en vitrine, mais leurs cercles restent fermés, uniformes et blancs Discours inclusifs le jour, dîners exclusifs le soir où l’on décide de nos rangs Rimes riches comme leur patrimoine, ils accumulent sans trembler, sans jamais vraiment risquer Nous on risque tout pour un rien, un retard de loyer suffit à tout faire basculer Ils naissent avec l’assurance chevillée au corps, nous on apprend très tôt que rien n’est dû
RefrainPrivilèges & silences, l’omerta des élites qui se protègent entre eux On voit les fils à papa atterrir en haut pendant qu’on rame en bas, les yeux pleins de feu Système verrouillé, conscience qui s’éveille, on refuse d’être les éternels perdants Privilèges & silences, un jour les masques tomberont, et là y aura plus de sourires contents
PontLaissez la basse gronder, qu’elle fasse vibrer cette vérité trop longtemps étouffée On relie les noms, on relie les faits, on voit le tableau complet, plus rien n’est caché De la colère légitime naît une lucidité qui traverse tous les âges Privilèges & silences, votre temps est compté, on réveille les consciences enragées
Dernier refrainPrivilèges & silences, l’omerta des élites qui se protègent entre eux On voit les fils à papa atterrir en haut pendant qu’on rame en bas, les yeux pleins de feu Système verrouillé… on arrive
Outro dubÉcho… privilèges & silences… (masques tomberont… ouais…)
